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Catherine Gueguen – Les neurosciences (1ère partie)

Cet article sera un peu différent des autres. Simplement parce que j’aimerais vous parler d’une conférence à laquelle j’ai assisté, qui est celle de Catherine Gueguen, intitulée « Repenser l’éducation à la lumière des neurosciences affectives et sociales ».

Si vous qui m’écoutez, ne connaissez pas cette femme, je vais vous la présenter brièvement. Catherine Gueguen est une pédiatre initialement formée en haptonomie (une technique pour entrer en contact avec son bébé par le toucher du ventre pendant la grossesse), mais aussi en communication non-violente. De plus, elle est spécialisée dans le soutien à la parentalité. Elle anime également de nombreux ateliers pour former les professionnels de la petite enfance mais également les professionnels tels que les médecins, psychologues, éducateurs, sage-femmes afin qu’ils puissent être en mesure d’aider et de soutenir les parents. Enfin, elle est également autrice, notamment de l’ouvrage à succès « Pour une enfance heureuse » (Robert Laffont, 2014). Son dernier ouvrage est d’ailleurs sorti en 2020 aux éditions Les Arènes, il s’agit de « Lettre à un jeune parent » .

Cette docteure partage ainsi tout son savoir et son expérience issus de toutes ses années qu’elle a passé auprès de parents et d’enfants. Ce qui est vraiment intéressant et fascinant, c’est qu’elle ne se sert pas seulement de son vécu de pédiatre pour donner des conseils aux parents, mais qu’elle puise également ses connaissances au coeur des neurosciences sociales et affectives.

Ça vous parle ? Alors pour faire court, c’est l’étude des mécanismes cérébraux des émotions, des sentiments et des capacités relationnelles. Les neurosciences sont récentes puisqu’elles ont émergé au 21ème siècle. Autrement dit, avant toutes ces recherches scientifiques on ignorait à quel point les émotions, entre autres, étaient fondamentales chez l’être humain.

Mais ce n’est pas tout, les neurosciences ont également permis de mettre en lumière des connaissances sur le développement cérébral du tout petit. Catherine Gueguen relève plusieurs choses importantes :

  • Tout d’abord que le cerveau de l’enfant est beaucoup plus immature, vulnérable et malléable que tout ce qu’on pensait jusqu’à maintenant.
  • Puis que, l’être humain ne nait pas « mauvais », il nait avec la capacité à être empathique et altruiste.
  • De la même façon, l’enfant petit n’est pas « méchant », il ne peut simplement pas faire face à ses émotions, à ses impulsions, justement parce que son cerveau est immature.
  • Ensuite, les neurosciences mettent en exergue l’importance du rôle des émotions dans la connaissance de soi, pour la réflexion, pour le sens moral, ou encore pour l’apprentissage.
  • Mais également que les humiliations verbales et physiques entravent le développement du cerveau de l’enfant et peuvent générer des troubles du comportement. J’ai d’ailleurs écrit un article à ce sujet, intitulé « VEO, Violences Éducatives Ordinaires », n’hésitez pas à le consulter si vous voulez connaître leurs divers effets.
  • Enfin, que la qualité de la relation avec un enfant, notamment l’empathie, le soutien et l’encouragement sont essentiels pour le développement de son cerveau.

Tout ceci ne semble pas révolutionnaire…. et pourtant…. Grâce à ces faits scientifiques, on peut enfin exprimer ce qui est le plus favorable au bon développement de l’enfant et ce qui est à éviter. Bien sûr, l’idée n’étant pas de culpabiliser les parents, les professionnels de santé qui ont agit autrement pendant des décennies. Comme le Docteur Gueguen le dit si bien, personne n’a à culpabiliser de quoi que ce soit, simplement parce que l’on ne savait pas. Ce qui compte aujourd’hui, c’est justement que tout le monde sache, pour que tout ceux qui le souhaitent, puissent justement agir en la faveur d’un accompagnement et soutien adaptés à l’enfant selon son âge.

Ces connaissances en pratique

Eh oui, parce que c’est bien beau de connaître des grands noms scientifiques, de savoir ce qui est bon ou pas pour l’enfant, mais concrètement qu’est que l’on doit faire en tant qu’adulte face à un enfant.

1. Développer l’empathie :

Pour rappel, l’empathie selon Jean Decety, c’est simplement le fait de « percevoir et comprendre ses propres émotions et celles des autres sans faire de confusion entre les deux« .

Dans les faits, on nait donc tous avec cette faculté d’empathie… Selon Catherine Gueguen, si cette compétence disparait rapidement, c’est parce que « dès la première année de vie, l’enfant reçoit des humiliations, et le stress empêche le développement de cette empathie. »

Par chance, rien est immuable, et l’empathie peut se développer à nouveau… Comment ? Principalement en recevant de l’empathie, à travers diverses situations du quotidien, mais également par le biais d’expérimentations, des jeux de rôle, le théâtre, la lecture, la méditation, les feed-back.

Au quotidien, face à un enfant, cela signifie donc d’être en mesure de comprendre qu’il ressent peut-être une émotion différente de la nôtre. Il est ainsi important, autant que possible, de prendre son émotion en considération et de lui montrer qu’on a compris qu’il ressentait de la tristesse, de la colère, de la peur, de la joie. Cela lui permettra de se sentir légitime d’exprimer ses émotions, et évitera au fil de l’eau de nombreuses situations frustrantes où chacun reste campé sur ses émotions, sans se soucier de l’autre, cela fonctionne aussi avec les adultes, bien entendu.

2. Développer les compétences socio-émotionnelles (CSE) :

Qu’est-ce que c’est ? C’est la connaissance des émotions, leur expression, leur régulation.

Il faut savoir que notre vie affective est complexe, nous sommes sans arrêt menés par nos émotions. Et j’adore cette phrase de Catherine Gueguen, qui a d’ailleurs souvent été reprise en citation : « ce n’est ni bien ni mal d’éprouver des émotions, c’est notre vie intérieure, il n’y a pas d’émotions négatives, il n’y a que des émotions agréables et désagréables« .

Une fois que l’on a conscience de ressentir des émotions en toutes circonstances, l’objectif, c’est de comprendre l’origine de ces émotions, leurs causes. Pourquoi ? Parce que comprendre les émotions, c’est aussi mieux nous comprendre mais surtout comprendre autrui. Pourquoi dans telle ou telle situation, je suis ou il est, amener à ressentir ceci ou cela. Sachant que l’émotion est ce qui engendre une action, un comportement. Ainsi, le fait de comprendre la source des émotions agréables ou désagréables, ça permet tout simplement de choisir de reproduire ou non une situation.

3. Développer les compétences psychosociales (CPS) :

Il en existe trois sortes, explicitées par l’OMS, on retrouve donc les compétences émotionnelles, sociales et cognitives. De manière générale, elles sont assez proches des compétences socio-émotionnelles. Les quelques idées supplémentaires sont le fait de communiquer de façon positive, de s’affirmer et de résister à la pression sociale, de savoir résoudre des problèmes, ou bien de s’auto-évaluer positivement.

Si ce sujet vous intéresse un ouvrage est paru en mars 2021, aux éditions DeBoeck, intitulé « Les compétences psychosociales – manuel de développement », principalement dédié aux éducateurs, avec de nombreuses fiches pratiques.

Une étude récente de 2017, montre que chez l’enfant, un déficit en compétences psychosociales peut générer des troubles anxieux, dépressifs, un décrochage scolaire, mais également des conduites à risque, de la délinquance ou encore de la dépression à l’âge adulte. Bref rien de très agréable, on comprend donc pourquoi il est capital de développer ces compétences.

Les bienfaits de la méditation

Pour terminer, Catherine Gueguen nous fait part d’une étude de Nicole Bush datant de 2019, mettant en lumière que des interventions prénatales en pleine conscience améliorent la santé mentale de la mère et peuvent également améliorer la physiologie du stress et la régulation comportementale du nourrisson. Cette étude a été réalisée dans un échantillon de personnes à faible revenu, multiethniques et soumises à un stress élevé. Dès lors, cette expérience a été menée pendant 8 semaines via de la méditation prénatale, et les effets sur les comportements des bébés, ont été révélés vers 6 mois. Cela nous donne donc une idée de tout l’accompagnement qui peut déjà être mis en place pour soutenir les parents avant même la naissance de leur enfant, et que cela peut avoir des effets incroyables sur l’avenir de leur enfant.

Si vous voulez en savoir sur la méditation, No a écrit un article sur ce sujet, n’hésitez pas à le consulter ici.

La suite

Je vais tenter de continuer de vous partager la suite des éléments clés de cette conférence, qui selon moi, méritent d’être connu de tous. C’est en transmettant et en partageant les savoirs que le changement des consciences et des mentalités sur l’enfant pourra avoir lieu. Nous pouvons tous à notre échelle, agir et choisir ce que l’on veut pour nos enfants, futurs enfants et pour le monde de demain. Et je ne dis pas ça pour en faire un magnifique slogan, je le pense … vraiment.